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Notre territoire a du talent : portraits d'hommes et de femmes qui façonnent la commune et ses environs.
M comme Memlouk

William Memlouk a vécu son enfance à Plélan. Il publie aux éditions Julliard son premier roman ‘‘Mingus Mood’’. Un hommage à la planète jazz.
Charlie M. est un célèbre contrebassiste de jazz : ‘’Le seul noir de sa génération à vous balancer le jazz de cette manière’’. Il pince les cordes, frappe le manche comme un boxeur vers un ultime atterrissage en douleur. Cela fait longtemps que pour Charlie les mots ne parlent plus, bloqués dans sa mâchoire trop carrée. Il ne reste plus que la musique, grave et aérienne à la fois. Charlie M. n’est pas Charles Mingus, le célèbre jazzman de Tijuana Moods, mais il n’en ai jamais très loin comme une ombre en embuscade. ‘‘Même si la référence avec Mingus est manifeste, je n’ai pas vouluécrire un roman biographique, cela aurait été trop contraignant, étouffant. D’ailleurs le vrai Charles Mingus aurait détesté d’être abrégé en simple Charlie’’, raconte William Memlouk, le jeune auteur de 34 ans. Avec une maman plélanaise et un papa d’origine algérienne, William passe l’essentiel de son enfance à Plélan. Il fréquentera l’école Notre-Dame encore dirigée par des sœurs, puis le lycée de Coëtquidan. Enfance sans histoire et sans racisme non plus : ‘‘ Plélan était un cocon, la vie était facile. Le racisme, je l’ai connu plus tard, un peu sur Rennes et beaucoup sur Marseilles’’. A Plélan, il montera même un groupe de rock, recherchera une salle de répet’, pour finalement en rester là, pas trop son truc le rock. Lui, c’est plutôt le jazz. Sur les conseils de son père mélomane, il navigue en solitaire entre Parker et Stevie Wonder : ‘‘Quand vous êtes ado, le jazz c’est plutôt considéré comme une musique de vieux’’. Après un doctorat de lettres, le jeune diplômé, affûte sa plume auprès de différentes rédactions parisiennes. Plusieurs fois, il se lance dans l’écriture d’un roman, mais ne trouve pas le ton ni le bon rythme. Avec ‘’Mingus Moods’’, il sent qu’il tient la note : les années 50, la violence, la musique comme exutoire et un M comme Mingus. Il déroule son histoire comme une partition de jazz, dans un style syncopé et incantatoire sans mettre en péril la continuité de la narration. C’est presque du polar. Mingus mood fait partie des vingt meilleurs romans de la rentrée, selon le journal Libération. Ca sonne plutôt pas mal pour un premier roman.
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Il chante et les vaches sont bien gardées

Jean-Claude Lécuyer, dit le P’tit fermier, partage sa vie entre la musique et son exploitation agricole, entre le chant et la prairie.
On connaît le P’tit Fermier, son accordéon diatonique, son humour et son sourire. Il compose paroles et musique de ses spectacles, accompagne les Fest Noz de musique traditionnelle. ‘‘Pour animer le bal il a appris à danser. Faut que les pas tombent juste, dit-il, les danseurs aiment bien rigoler mais ils sont exigeants’’. La musique, il a appris tout seul. Au festival de la Galésie, en 1976, c’est le déclic. ‘‘Je regardais un gars avec un diatonique dans les mains, il me le tend et dit, tu sais jouer de l’harmonica ? Alors à toi. Ca a commencé comme ça, puis Maman m’a offert mon premier accordéon, il coutait 420 Frs, c’était une somme. J’ai eu de la chance. Ensuite à l’Hermitage des musiciens m’ont donné un bon coup de main pour progresser.’’ On connait moins Jean-Claude Lecuyer, agriculteur à la Provotais, à Treffendel. On découvre la ferme au dessus des lacs de la Chèze, face au château du Pont Muzard. Le paysage est magnifique. Les vaches sont de bonne composition pour la photo, après quelques moments de crainte, elles se prêtent au jeu. Et lui, on dirait un chef d’orchestre au milieu du troupeau. Depuis les années 90, agriculture et musique sont liées chez le P’tit fermier qui a tout d’un grand. 30 vaches Normandes, 30 génisses, il connait la chanson : la traite des vaches deux fois par jour, la moisson, les aléas de la météo, se lever tôt quoiqu’il arrive .... Il n’y a rien de virtuel dans sa vie. ‘‘Pour assister au Festival des chanteurs de rues de Quintin, j’ai pris un vacher pour assurer le travail. Pendant deux jours, on oublie les vaches, mais les Post its couverts des indications du vacher nous rappellent à l’ordre au retour’’. Il se souvient d’un Fest Noz à Plélan, ‘‘je fais le premier passage, mais dois rentrer à la ferme, une vache allait vêler, il était temps. Avec Christine, nous sommes retournés à Plélan pour mon deuxième passage’’ ; Christine, sa femme, conjoint-collaboratrice comme on dit, à ses côtés aussi pour la musique. L’agriculture est un travail solitaire, jouer de l’accordéon permet de rétablir l’équilibre. Il cultive le rire et amuse le public en racontant et chantant des histoires humoristiques sur le monde politique et agricole, avec des titres évocateurs comme le Petit Fermie, Les cochons, Comme toi qui les aide ou Y’a de la misère. Il sera au Fest Noz de Plélan le 21 janvier avec deux autres groupes … pour faire des bœufs.
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Rencontre avec Monsieur Cinéma

1981-2011, cela fait trente ans que Jean-Pierre Le Thiec est président de l’association l’Hermine. Plan serré sur le ‘‘Monsieur cinéma’’ de Plélan.
Trente ans de présidence, qu’est-ce que cela représente pour vous, Monsieur Le Thiec ? ‘’Un engagement’’. La réponse tombe nette et sans bavures, elle semble relever autant de la passion que du sacerdoce. Pourtant lorsque Jean-Pierre Le Thiec arrive à la présidence de l’association en 1981, c’est presque par hasard. Tout juste installé à Plélan, il souhaite s’investir bénévolement pour le cinéma et participe à une réunion avec Paul Turcas, à l’époque responsable de la gestion de la salle. Celui-ci avait déployé beaucoup d’énergie pour maintenir à flot le cinéma et faire face aux multiples dépenses imposées par les mises aux normes du bâtiment, il souhaitait confier les clés du cinéma à quelqu’un d’autre. ‘‘C’est ainsi que le soir même, je me retrouve président du nouveau bureau, poste que j’occupe encore actuellement.’’ Avec sa conviction et sa capacité à rassembler, Jean-Pierre Le Thiec redonne petit à petit un nouveau souffle au cinéma. L’équipement est rénové, la programmation est revue et de gros efforts sont apportés à la communication. A l’époque, certains n’hésiteront pas d’ailleurs à parler de matraquage publicitaire. Mais ça marche, et le cinéma va passer de 3500 entrées la première année, à 6000 pour la seconde, pour se stabiliser à 9000 visites par an. Le cinéma a maintenant trouvé sa vitesse de croisière, mais quid de l’avenir ? Pas question de baisser le régime, en bon capitaine, J.P. Le Thiec consolide son équipe de bénévoles et impose la diversité dans sa programmation. Cet admirateur d’Eric Rohmer et de Ken Loach est fier d’avoir conduit son petit cinéma vers la reconnaissance d’une salle Art et Essai. ‘‘Certaines personnes avouent qu’ils viennent presque les yeux fermés à la séance du mardi’’, commente le président avec un sourire amusé. Même si ce sont les blockbusters comme Titanic qui pulvérisent le nombre d’entrées, le cinéma a su toucher tous les publics, se faire une place entre Kung Fu Panda et Valse avec Bachir. Le nouvel équipement s’inscrira évidemment dans cette même philosophie, l’espace en plus et le sentiment d’intimité en moins. ‘‘On perdra sans doute au début cette impression de proximité, cette ambiance presque familiale, mais on le retrouvera avec un peu de temps’’. Personne n’en doute, le temps joue visiblement pour vous, Monsieur Le Thiec.
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Syveline rêve un autre monde

Plélanaise depuis peu, Syveline Lemaire chasse sur les terrre de l’heroic-fantasy et signe son premier roman.
Le jour de l’anniversaire de son fils, Itilgad, souverain du Denhaut contraint les nains à offrir un bien étrange présent, en échange de la liberté promise à leur peuple : le dernier magicien du monde. Voilà ce qu’annonce la quatrième de couverture. Cela ressemble à de l’heroic-fantasy pur jus et pourtant l’auteur avoue ne pas être une fana du genre : ‘‘J’ai lu Tolkien et les autres ténors de l’héroic-fantasy bien après avoir entamé ce livre. Je ne suis pas une spécialiste de cette littérature, et je ne suis pas sûre que les amateurs traditionnels d’heroic-fantasy apprécieront mon livre !’’ Le positionnement suscite l’intérêt : emprunter les codes d’un genre pour mieux s’en affranchir, c’est déjà faire preuve d’une certaine maturité d’auteur. D’ailleurs, la célèbre librairie Le Failler de Rennes ne s’y est pas trompée et n’a pas hésité à citer le roman parmi ses coups de coeur. Titillée très jeune par l’écriture, Syveline commence par rédiger quelques nouvelles. A 17 ans, elle se lance dans ce qui deviendra ‘‘Arianrhod’’. ‘‘J’avais l’impression que les gens étaient gris, je voulais modestement les faire sortir de leur morosité avec un conte initiatique qui s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux adolescents.’’ A travers les quelques 500 pages du récit, Syveline évoque des sujets graves comme la responsabilité, l’écologie ou l’éveil à la sexualité, sans jamais avoir l’air d’y toucher. Lectrice de Stephen King ou de Paulo Coelho, elle ne cherche pas vraiment de parrainnage littéraire et défend l’idée d’une littérature populaire de qualité.
Il lui aura fallu 10 ans pour écrire les deux tomes de la saga. Le premier opus est sorti il y a quelques mois, un second tome est déjà écrit et sa publication est prévue pour décembre 2011. Vous souhaitez avoir un avant-goût du récit ? Vous pouvez télécharger les cinq premiers chapitres, puis le commander sur internet. Par ailleurs, Syveline Lemaire présentera son roman lors d’une rencontre dédicace le samedi 14 mai à 18h à la médiathèque Julien Gracq.
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Claude Le Luherne sort le grand jeu

Assis en tailleur, à même le sol de la salle d’exposition de la médiathèque, Claude Le Luherne ajuste les derniers détails de son installation. Des souches de tilleul disposées comme sur un plateau d’échec semblent entamer une partie improbable : ‘‘J’ai appelé ça Echiquier, mais où sont le roi et la reine ? Chacune des pièces marie à la fois le blanc et le noir, c’est un vrai bazar !’’, feint de s’indigner l’artiste. Car au-delà de la patine, de la chaleur que dégage chacune de ces billes de bois, Claude Le Luherne se plaît à scénariser la tension, la frustation, le paradoxe. Une sorte d’écho à l’aphorime de Christoph Lichtenberg qui parlait d’un couteau sans manche auquel il manquerait la lame. Un couteau réel, mais aussi inutilisable que cet échiquier ! Cependant, la comparaison ne va pas plus loin car le sculpteur se méfie des constructions intellectuelles pour lui préférer la spontanéité. ‘‘Ca ne me dérange pas que les gens disent n’importe quoi sur mon travail, je ne crois pas à la culture avec un grand C. Au départ, c’est souvent j’aime ou j’aime pas, puis ensuite on discute, la partie n’est pas jouée d’avance’’. Prof de judo pendant de longues années, l’artiste a préféré la voie de la souplesse à celle de l’opposition systématique. Et s’il lui reste encore des faux airs de samourai, plus question à 65 balais de jouer les troublions. La maturité apprend à s’adapter et à composer avec son époque. ‘‘Nous avons de la chance, il est possible aujourd’hui pour un plasticien de vivre correctement de son travail. Mais, il ne s’agit pas de jouer les ermites, il faut bouger. Ce n’est pas tant de vendre ses pièces qui est important, mais plutôt de se donner l’occasion de les montrer et de créer l’événement. Notre époque est plus intéressée par la création d’événements que par la possession d’objets artistiques, c’est un fait, et l’artiste doit l’intégrer.’’ Et cela, Claude Le Luherne l’a bien intégré. Actif sur le territoire, il participe en 1989 à la création du groupe ‘‘Seizh Koat’’ qui cherchera à promouvoir la sculpture bretonne contemporaine. En 2003, il devient co-fondateur du Collectif d’artistes du Pays de Brocéliande, collectif qui sera à l’origine du désormais célèbre ‘‘Etangs d’Art’’. Entre temps, il alterne symposiums et résidences dans la région, mais aussi à l’étranger : ‘‘J’ai trouvé mon rythme entre le temps des installations, celui du démarchage et les moments de travail en atelier’’. Tranquillement, il s’installe dans le paysage sans trop se soucier des questions de notoriété. Un peu à l’image de ses sculptures, monumentales pour la plupart, (l’exposition à la médiathèque fait un peu exception), elles sont souvent posées dans l’environnement naturel d’un parc ou d’un jardin, végétal parmi le végétal. www.leluherne-sculpteur.com
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Roger Martin, Pour mémoire

En octobre dernier, la municipalité a sollicité le concours de jeunes collégiens de l’Hermine et du preneur de son, Frédéric Dupont, pour collecter les témoignages de trois anciens combattants de 39-45 qui vivent à Plélan-le-Grand. Portrait de Roger Martin, 20 ans en 1939.
Romain, Killian et Thibault ont fait, avec leur professeur d’histoire-géographie, le déplacement du collège au domicile de Roger Martin. Les jeunes sont venus saluer le nonagénaire comme on salue un ancien, avec un respect mêlé de timidité. Roger Martin serre les mains avec douceur, son regard fatigué ne lit plus les visages, il faut s’approcher très près, le moment est presque solennel. Impressionnés, les collégiens tripotent leur questionnaire, hésitent à aller au front, et puis Romain se lance : ‘‘Comment êtes-vous devenu soldat ?’’ Roger Martin raconte. Il raconte son incorporation en 1940. La France ne peut pas l’intégrer à ses rangs car elle n’a plus d’armes pour ses soldats. Il décide alors de rejoindre l’Armée d’Afrique au Maroc où il sera formé et équipé par l’armée américaine. «On ne plaisantait pas à l’époque, les entraînements se faisaient à balles réelles : si on se trompait on était tué ! Le soir, il arrivait que notre tente soit piégée, il fallait y désamorcer les explosifs avant de se coucher.’’ A la fin de sa formation, Roger Martin sera affecté dans le Génie de la cinquième compagnie américaine, régiment de reconnaissance. Une unité métissée où Français, Américains, Espagnols, Algériens, Sénégalais apprennent à se serrer les coudes comme les ‘’Indigènes’’ de Rachid Bouchareb’’. Ensuite, c’est le débarquement à St Tropez , la libération de Marseille, puis la remontée jusqu’à St Etienne, Dijon, jusqu’au seul camp de concentration en territoire français ‘’le Struthof’’. A l’évocation du camp, Roger Martin fait une pause : la guerre c’est la guerre, ce n’est pas rose, mais Struthof c’est l’innommable. ‘‘On connaissait l’existence de ces camps, mais... voir ces atrocités... Et puis les survivants squelettiques que l’on avait ordre de ne pas nourrir... Cela les aurait tué. Cinq années en mouvement, c’est le quotidien du régiment de reconnaissance : se lever à 5h du matin, sécuriser les lieux, plonger en biais la baïonnette pour repérer les mines en plastiques, pas assez de permissions pour retourner voir la famille. Tant pis, la famille elle était là, autour d’une conserve américaine : ‘‘Chez les Ricains, c’était pas triste, feux de camp et banjos.... Tout le folklore ! Et Roger de fredonner ‘’ She comes down from Tennessee, one cold december’s day....’’ Vous arrive t-il d’évoquer la guerre avec d’anciens soldats? ‘‘Y’en a plus beaucoup. pas évident de trouver des points communs : chaque régiment faisait sa guerre. Alors on n’en parlait pas. Mon souvenir le plus triste ? Ca sent la question piège : entre les camarades tués au front, le camp d’extermination, l’ancien soldat devenu colonel n’a que l’embarras du choix. Mais la réponse désarçonne : ‘‘c’est certainement l’annonce de la fin de la guerre. Ca peut paraître bizarre, mais cette guerre a créé une telle camaraderie entre nous, nous étions solidaires et unis.’’ Les jeunes disent au revoir, un peu secoués. Le 2 novembre, quelques jours après ce travail de collectage, nous avons appris avec tristesse, le décès de Monsieur Roger Martin. Cette disparition soudaine nous rappelle combien est fragile et donc précieuse la transmission de l’Histoire par les anciens aux nouvelles générations.
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Jean-Charles Oillic : Entre pierres & pollens

Jean-Charles Oillic, installé à Plélan depuis peu, soutiendra dans quelques mois sa thèse qui traite de l’impact de l’activité humaine sur son environnement.
Une petite anomalie de terrain, une végétation plus rare ou plus touffue à certains endroits sont peut-être les signes d’une lointaine activité humaine. ‘‘C’est parfois imperceptible, explique Jean-Charles Oillic, il faut éduquer son regard.’’ Même si les pinceaux et les grattoirs n’ont pas été relégués au rang d’antiquités, l’archéologie a étendu la panoplie de ses outils. Les images satellites de Google Earth ou de Géoportail lui ont même donné des ailes : un site métallurgique gaulois a été repéré sur la massif de Brocéliande grâce à une concentration de taches rouges (minerais de fer!) identifiables sur les vues aériennes. ‘’La prospection visuelle oriente les recherches, mais notre travail est aussi d’interroger les textes anciens, de faire parler le charbon et les pollens’’. Et des pollens, Jean-Charles Oillic en a fait son miel. En effet, la caractéristique du pollen est sa coque très résistante qui se conserve très bien dans les tourbières et les étangs. Un carrotage au milieu de l’étang de Paimpont a permis d’isoler certains d’entre eux, d’analyser leur morphologie pour faire un saut de 15 000 ans en arrière. Imaginez Brocéliande avant Brocéliande, sans forêt, blanc et glacé, traversé par des troupeaux de rennes ! Pourtant, le jeune archéologue de 28 ans est formel : ‘’le territoire était similaire à celui de la Sibérie. Pour imaginer les séquences de réchauffement, il suffit de visualiser tous les types de paysages entre ici et l’extrême nord de la Russie, et vous aurez une photographie de cette évolution.’’ C’est unique en Bretagne grâce aux tourbières, on a pu se faire une idée assez précise du climat et de la végétation à une époque donnée. Cependant, Jean-Charles Oillic ne s’attribue pas les mérites de ces recherches : ‘’ Je suis arrivé en 2003 pour faire des fouilles sur la forêt de Paimpont, mais avant moi, des passionnés comme Jacques Briard ou Guy Larcher avaient déjà bien éclairci le terrain. C’est un travail de collaboration’’. Collaboration qui sera formalisée en 2009 avec la création d’un PCR, entendez Programme Collectif de Recherche, qui regroupe une cinquantaine de personnes, bénévoles ou chercheurs. Fédérer les compétences du territoire, il fallait plus qu’y penser, il fallait le faire. Résultat : l’inventaire archéologique sur le massif de Brocéliande avance à grands pas : un millier de charbonnières recencé, 300 sites métallurgiques de la période gauloise et 10 de la période médiévale... Et puis d’autres découvertes qui parlent un peu plus aux néophytes. C’est le cas de cette ancienne digue qui aurait partagé l’étang de Paimpont en deux :’’ il est possible qu’une partie du lac ait été destinée à la pisciculture tandis que l’autre servait à l’alimentation de moulin’’ . Détail cocasse, les photos prises par le sonar révèlent plusieurs ‘‘griffures’’ sur les berges du lac. Renseignements pris, il s’agirait des traces laissées par des véhicules amphibies de l’armée française lors de la seconde Guerre mondiale ! Là encore, il ne s’agit que d’une petite anomalie de terrain.
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Monika Brugger, orfèvre : le goût de la belle ouvrage

Quel est le point commun entre un bracelet de pâquerettes, une grappe de cerises que l’on vous accroche, enfant à l’oreille et un dé à coudre? C’est peut-être Monika Brugger. Depuis vingt ans l’artiste d’origine allemande, installée entre Paimpont et Plélan s’interroge sur la parure sous toutes ses formes et à toutes ses époques. Elle n’est cependant pas une bijoutière, elle s’en défend même vertement : ‘‘L’idée qu’un bijou puisse être un objet frivole, un accessoire de mode pour les nanas, c’est oublier sa fonction sociale, sa raison d’être’’. Monika dénonce le conformisme et l’uniformité avec des pièces qui exposent fièrement leur singularité. Ici une fine broche en argent est ajourée comme une dentelle et là un dé à coudre joue la préciosité en s’affichant comme une bague du plus bel effet. Dans son pays d’origine, les frontières entre l’art et ce qu’on appelle les arts appliqués sont plus ténues qu’en France. Monika Brugger ne comprend pas qu’on puisse cloisonner ainsi la création : «Si je m’applique c’est de l’art appliqué, mais un bijou, comme un tableau ont tout deux la même fonction : séduire.» Et son travail séduit, peut-être parce qu’il n’est pas nécessaire d’être amateur d’art pour apprécier la belle ouvrage.
Bio express
- 1958 : Naisssance en Allemagne - 1978 : Installation en France - 1990 : Débute son travail d’orfèvre - Depuis, Monika Brugger est professeur d’objet-design à l’École d’Art de Limoges - Son travail est exposé au Musée des arts décoratifs de Paris, FNAC de Paris, Berner Stiftüng für Angewandte Kunst à Bern.
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Alain Maignan, vers un nouveau cap

‘‘Après un long temps de réflexion, nous avons pris la décision de ne pas repartir’’, déclare Alain Maignan suite à une fêlure constatée sur le bras du flotteur bâbord de son trimaran. Plusieurs mois de préparation, le passage réussi des ‘‘qualifs’’ avec sa compagne, Nicole Harel et finalement la Transat Jacques Vabre entre le Havre et le Costa Rica tombe à l’eau ! Un coup dur, un de plus, mais Alain semble voir les choses différemment depuis son tour du monde en solitaire : ‘‘Après une aventure comme celle-là, on n’est plus pareil.185 jours toujours au max, à lutter contre les éléments, ça finit par calmer un peu’’. L’ancien facteur de Plélan, qui a appris à naviguer avec les livres, a depuis écrit sa propre histoire, celle d’un aventurier qui aura essuyé moult grains, sept chavirages, sans compter la défiance des professionnels de la voile, avec une Sun Rise de chez Jeanneau, un bateau de plaisance de 10,20m! Seulement, aujourd’hui, l’envie de ‘‘performer’’ s’est un peu émoussée et le compas d’Alain Maignan semble indiquer un nouveau cap. En effet, en fin d’année 2010, le navigateur collaborera avec l’association ‘’Grand large’’ pour permettre à des jeunes en difficulté d’expérimenter la mer, d’apprendre à se faire confiance, et à faire confiance aux autres. Une croisière en solidaire...et en équipage !
Bio express
- 1954, naissance dans une petite commune d’Ille-et-Vilaine, la Chapelle-Chaussée. Facteur de profession, il a exercé ce métier sur la commune de Plélan-le-Grand pendant l’essentiel de sa carrière. - 2002, participe à la route du Rhum en ‘‘pirate’’ car son bateau n’est pas homologué. - 2006, tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. - 2009, abandon au Trophée Jacques Vabres deux jours après le début de la course sur avarie.
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Cyril Plichon, profession remplaçant

Rien ne prédisposait Cyril au métier d’ouvrier agricole. Il n’y avait pas d’agriculteur dans la famille, et pourtant, il a su très vite que c’était le métier qu’il voulait exercer : ‘‘J’aime les vaches et ce qui me plaît c’est qu’on travaille en plein air, c’est jamais pareil’’. Alors, après sa formation et les stages indispensables, il choisit de venir en Bretagne, parce que c’est là où sont les vaches. Et puis, il choisit son statut d’agent de remplacement, il apprécie son autonomie, la variété des exploitations et des tâches à effectuer. Assurer la continuité des travaux sur l’exploitation, seul, cela lui plait : ‘‘Il faut faire sa place, inspirer la confiance et se sentir responsable de son travail. Ce serait difficile pour moi de m’installer dans une exploitation, ce n’est déjà pas simple quand on est issu du milieu agricole, alors ...’’ Depuis 2005, il est salarié à temps plein de l’Association Service de Remplacement Brocéliande gérée par un conseil d’administration composé d’agriculteurs du Canton. Des fermes, il en a connu depuis 5 ans, près de 50 sur les 75 exploitations adhérentes à l’association, pour des missions qui vont d’un week-end à plusieurs mois. Il est lui-même remplacé par des jeunes ouvriers agricoles pendant les week-ends et les vacances. Le plus souvent, l’exploitant lui a laissé un planning et a passé une journée avec lui pour lui transmettre les consignes et lui montrer le travail. Ensuite, à lui de jouer. Suivons-le. C’est l’heure de la traite, il arrive, du bout du champ en poussant le troupeau. Les vaches entrent dans l’étable calmement. Les génisses s’impatientent, c’est l’heure du repas. On dirait qu’elles ont une montre dans l’estomac. Il nous fait découvrir son univers, la traite, biquotidienne qui doit être assurée à heures fixes, le soin des animaux, leur alimentation, les naissances … Il s’active, concentré, précis au milieu des animaux, 35 vaches, une quinzaine de génisses, quelques veaux et deux taurillons. Remplaçant professionnel, c’est avant tout un choix personnel, un cadre de vie.
Bio express
- Né à Rouen en 1980. Plélanais d’adoption. - Études : BEP Agricole, puis Bac pro en alternance, polyculture – élevage. - Parcours : Arrivée en Bretagne en 2005, et premiers remplacements dans le canton de Plélan. - Son rôle : Assurer la continuité des travaux sur l’exploitation pendant l’absence des agriculteurs, vacances et aussi congé maternité ou paternité, arrêts maladie, accidents de la vie.
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Pierrick Lemou, en balade

Pourquoi ne ferais-je pas une grande scène et le lendemain, une maison de retraite ? En tout cas, les résidents de la Villa St Joseph ne semblent pas s’en plaindre et c’est avec bonne grâce qu’ils accompagnent le violon-trompette de Pierrick Lemou, en improvisant une valse musette. Pour un peu , il suffirait de quelques loupiottes colorées pour donner à la salle des faux airs de guinguettes. Le ‘‘violonneux’’ qui a largement contribué au ‘‘revival’’ de la musique bretonne n’a pas pris la grosse tête, il préfère simplement emprunter ces chemins de traverses qui vous mènent à partager la scène avec des Alan Stivell ou des Tri Yann, à accompagner les tournées d’Hugues Aufray, à tendre une corde de son violon entre les jeunes écoliers et l’ancienne génération. C’est la marque de fabrique ‘‘Lemou’’ : jeter des ponts entre les genres et les âges. A 20 ans, il commençait son entreprise de collectage en révélant les airs oubliés de Haute-Bretagne : ‘‘Dans les années 70, la Bretagne était encore enfermée sur elle-même, tout comme on allait parfois chercher l’eau au puits, je pouvais puiser à la source d’une tradition.’’ Comme on le sait, les traditions voyagent, alors le jeune musicien accompagne le mouvement en Irlande,en Écosse, au Québec, il joue (plus d’une trentaine d’albums) et continue son travail d’ethnologie musicale. Aujourd’hui, Pierrick Lemou s’offre une seconde parenthèse gastronomique (après un 1er titre publié aux éditions du Télégramme) et publie ses ‘‘Balades gourmandes en Brocéliande’’: ‘‘c’est parti d’un cahier sur lequel ma grand-mère écrivait ses recettes, mais aussi de toutes ces maisons que j’ai pu visiter pour mon travail de collectage musicale, ce sont autant de mets...et de rencontres.’’ Le livre ne cherche pas à s’aligner sur les standards du recueil de cuisine, il chemine de St Gonlay à Iffendic, de Plélan à Ploërmel, il goûte à l’anecdote, au loufoque et n’hésite pas à glisser entre le Parmentier et la Frigousse de mémère Lemou ‘‘un crapaud farci’’ à consommer avec modération ! Monsieur Lemou nous invite à sa table, asseyons-nous, les plats y sont goûteux et généreux, et après la ‘‘roupette à queue’’ (entendez la cerise à l’eau de vie), l’artiste sortira peut-être son violon-trompette. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Alice Bertrand, ‘‘Fait main’’

Maryline Millet, tapissière dans son atelier
Frédéric Mazoir, forgeron, Maryline Millet, tapissière en siège, Francis Heuveline, bouilleur de cru, Alfred, garagiste... En tout, une quinzaine de portraits d’artisans du coin sont exposés à la médiathèque jusqu’au 30 juin 2010 . Ce sont souvent des figures locales, on les fréquente ou on les connaît de réputation, mais jamais on ne les avait vus sous cet angle et cette lumière. Organisées en triptyque, les photographies éclairent à chaque fois un visage, un atelier et un outil, cela avec une certaine gravité, à laquelle s’ajoute encore le traitement en noir et blanc. ‘‘Les gens sont plus beaux en noir et blanc’’ nous dit Alice, qui, à trente ans, se permet de flirter avec une imagerie désuète qui célèbre la main plutôt que la machine, l’atelier plutôt que l’usine. Pourtant, son regard n’est pas tourné vers le passé. Elle préfère seulement le contact aux avatars numériques de Facebook : tailler une bavette sur le coin d’un établi, c’est du tchat à l’ancienne, mais on n’a jamais fait mieux. ‘‘Moi qui viens des Vosges, j’ai été surprise du nombre d’artisans sur le territoire de Brocéliande, alors je me suis payée le culot d’aller à leur rencontre et de les photographier sur leur lieu de travail’’. Entre le reportage et le traitement artistique, le travail d’Alice Bertrand est avant tout une photographie d’une campagne ‘‘habitée’’ et décomplexée, celle qui revendique d’avoir les pieds sur terre et de travailler avec ses mains.
Bio express
-1980, naissance à Épinal dans les Vosges. Études de biologie et techniques agricoles. -1998, développe ses premiers clichés sur le thème du monde agricole. -2008, expose ses premiers portraits de jeunes agriculteurs à St Brieuc. Enseigne la zootechnie au lycée agricole de Caulnes.
Blog
Consultez le blog d’Alice Bertrand : ‘‘Les pieds sur terre’’, un témoignage en image du monde rural d’aujourd’hui. http://accueilagri.blogspot.com -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
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